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Nuée ardente

Ce qu'il y a de bien en Martinique pour les dévoreurs de bouquins que nous sommes, c'est que chaque balade est également prétexte à littérature. Le week-end dernier, on longeait les rives de La Lézarde avec Glissant, quelques jours auparavant, on errait dans les ruines noircies de St-Pierre, ressuscitées dans le roman de Raphaël Confiant Nuée Ardente. Difficile en effet quand on déambule dans ce paysage de désolation de se représenter l'effervescence de l'ex "Petit Paris des Antilles". Le récit de Confiant rappelle que la catastrophe naturelle - l'éruption de la Montagne Pelée le 8 mai 1902 - s'est transformée en tragédie en grande partie à cause de l'aveuglement de la société pierrotine de l'époque.

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« Dans la cité où fleurissaient les arts et les lettres, l’on répugnait à qualifier de volcan la montagne tutélaire au pied de laquelle le commerce de rhum, de sucre, de café, de tabac et de cacao faisait vivre au bas mot une trentaine de milliers d’âmes. Ce mot était même banni du parler des gens de bien et de toute façon presque inconnu de la gueusaille. D’ailleurs, on sursautait lorsque quelque savant, venu des Etats-Unis ou d’Europe, s’entêtait à l’employer et embauchait à tour de bras guides et porteurs dans le but, affirmaient-ils, d’en ausculter les battements secrets. Qui ne se gaussait de ces personnages excentriques, à binocles et barbe fleurie, qui se harnachaient de toutes qualités d’instruments scientifiques, l’air grave, insensibles à la douceur des lieux ? »

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Grâce à la lecture de Confiant, on parvient en imagination à restituer à ce quartier déglingué et noirci l'ambiance de l'époque. Notamment la rue Monte-au-Ciel, le quartier des plaisirs, lequel, avec ses escaliers et ses lampadaires au design très parisien tentaient de rivaliser avec ceux de la butte Montmartre.

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Quant à l'église du Fort, ses ruines sont impressionnantes et très émouvantes. Le jeudi 8 mai 1902, c'était le jour de l'Ascension et celui de la communion pour de nombreux enfants réunis avec leurs familles dans l'église… Malgré l'épaisseur de ses murs, celle-ci n'a pas résisté à la nuée ardente. Tous sont morts quelques minutes après le début de l'éruption à 7h52.

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Confiant retrace aussi dans son roman l'incurie des élites - notamment Louis Mouttet, gouverneur de la Martinique de l'époque - qui refusèrent de faire évacuer la ville en dépit des signaux puissants envoyés par le volcan à la veille de  l'éruption. Ceci afin de maintenir ce qui était présenté comme "les élections de la dernière chance", à savoir un scrutin potentiellement favorable au pouvoir colonial contre les hommes de couleur qui commençaient à pouvoir peser sur l'avenir de la Martinique. Résultat : 30 000 morts, tous habitants de la ville mais aussi les marins des navires de passage mouillés dans la rade.

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Et comme il n'y a pas de justice, le seul rescapé de la catastrophe fut Cyparis, un terrible bandit local embastillé dans un cul-de-basse fosse. Protégé par l'épaisseur de son cachot dans les sous-sols de la prison, il survécut et finira sa vie comme phénomène de foire au cirque Barnum aux Etats-Unis !

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